Samson, témoin de l’océan, partage son histoire | WWF

Samson, témoin de l’océan, partage son histoire

Posted on 17 April 2018    
Samson - Ocean Witness
© WWF Madagascar
Samson vit à Beheloke, au sud de Madagascar, où il est pêcheur. En voyant les effets positifs de la pêche durable et les réserves de poulpes avec ses propres yeux, il s’est rendu compte que sa communauté devait changer. Actuellement, il est le président de la LMMA (c’est-à-dire les zones marines qui sont localement gérées) et il préconise pour la gestion durable des ressources naturelles de son village. Aujourd’hui il partage son histoire.
 
Merci de prendre le temps pour partager votre histoire avec nous aujourd’hui. Pourriez-vous nous raconter votre premier souvenir relié à la mer ?

La vie d’un pêcheur était facile autour d’ici. Il n’y avait pas autant de pêcheurs qu’aujourd’hui. Nous allions pêcher pendant une heure ou deux, et nous retournions avec nos pirogues pleines de poissons. La vie était facile quand les poissons étaient abondants. Nous allions à Toliara, notre capitale, pour acheter des vêtements élégants, des choses comme les chaînes Hi-Fi et la musique. Nous voulions que les femmes nous regardent, haha. J’y vais encore aujourd’hui, mais pour des raisons différentes.
 
Ainsi, il semble que la vie ait changé depuis. Pouvez-vous nous en dire plus au sujet des changements que vous avez observé ?
 
Ce n’est pas tellement à propos de l’océan, je dirais que c’est la manière dont nous utilisons l’océan qui a changé. Au cause de la diminution des pluies dans les terres de l’arrière-pays, de plus en plus d’agriculteurs se sont déplacé vers la côte pour se convertir à la pêche. Ils savent que nos récifs sont riches et la mer est pleine de poissons. Nous tenions le record des prises de poulpes par personne il y a deux ans.  Malheureusement, cela a commencé à changer. Trop de personnes pêchent dans nos eaux, et certains pêchent même de jour comme de nuit.
 
 
Comment ces changements touchent-ils votre vie ?
 
Tout le monde au village sait que nous attrapons de moins et moins poissons, malgré le fait que nous allons à la pêche tous les jours. Si nous ne pouvons pas aller pêcher pendant deux jours, à cause du mauvais temps par exemple, nous n’aurions rien à manger au village. Les pêcheurs commencent à se chamailler, parce qu’ils savent qu’il se passe quelque chose, mais simplement ne comprennent qu’est-ce que c’est. C’est pourquoi nous devons expliquer ce qu’est le récif et son fonctionnement, comment nous pouvons soutenir notre mer avec quelques améliorations des techniques et une meilleure gestion.

Et que faites-vous pour faire que ces changements soient positifs ?  
 
Au début, nous n’avons pas compris pourquoi le WWF nous disait d’arrêter d’attraper les petits poissons ou les poissons juvéniles. Ni pourquoi ils mettaient des pots dans les récifs. Mais après, nous nous sommes rendus compte que nous attrapions des poissons plus grand et qu’en fait, les poulpes utilisaient les pots pour se reproduire. En voyant ces changements positifs avec mes propres yeux, je me suis rendu compte que nous devions évoluer. Maintenant, je passe beaucoup de temps en parlant de l’importance d’adopter de nouvelles techniques de pêche et des améliorations dans notre gestion de la mer, comme les pots pour les poulpes. Ainsi, nous pouvons maintenir nos ressources marines et nos écosystèmes pour notre communauté. Le réseau des LMMAs m’a beaucoup appris ; les autres présidents et moi partageons les meilleures pratiques et les choses que nous apprenons à nos communautés. Aujourd’hui, une de nos réserves de poulpes produit encore 500 kg de poulpes par année. Notre village et les villages alentours peuvent bénéficier d’une ressource durable, et beaucoup adoptent les réserves de poulpes aujourd’hui.
 
En 2030, comment sera l’océan selon vous ?
 
Je ne vais pas cacher le fait que nous faisons face à de grands enjeux, par exemple comment gérer la migration de l’arrière-pays et le fait que de plus en plus de personnes deviennent pêcheurs. On ne peut pas empêcher les gens de venir. Ils veulent seulement trouver le moyen de vivre, parce que leurs champs ne produisent plus autant de cultures ni de céréales qu’avant. Mais il y a des règles que tout le monde doivent suivre ou il ne restera plus rien. Si nous ne voulons pas que nos récifs et nos réserves soient vides en 2030, nous devons suivre ces règles. C’est la responsabilité de tout le monde et c’est le seul moyen avec lequel nous pourrons tous bénéficier de l’océan.
 
Merci d’avoir partagé votre histoire, Samson. Vous êtes un témoin de l’océan maintenant. Que voulez-vous dire aux autres témoins ?
 
Ce n’est pas facile, gérer une organisation communautaire est très dur. J’ai été élu président et je n’ai pas décliné la responsabilité, mais certaines fois j’avais pensé à arrêter. Mais, comme nous devons apprendre à maintenir la santé de nos récifs en communauté, j’ai continué. Il y aura des hauts et des bas, mais si vous ne prenez pas en main l’avenir de vos océans vous-même, qui d’autre le fera à votre place ? Alors assumons nos responsabilités avec courage, et ne pensez jamais que vous êtes seuls; nous sommes tous ensembles. Et finalement, c’est important que tous les pêcheurs gèrent correctement l’océan pour accroître les ressources marines.
 

À propos de Samson
 
Samson a 32 ans et vit à Beheloke, dans le sud de Madagascar, avec sa femme et ses deux enfants (un fils et une fille). Il vient d’une grande famille des pêcheurs et il a huit frères et sœurs. Il travaille maintenant comme pêcheur et président de la LMMA à Beheloke. Le LMMA (aire marine gérée part les communautés) est un réseau mondial. Les pêcheurs se sont rassemblé pour partager les meilleures pratiques et pour amplifier la voix des communautés. Ensemble avec leurs communautés, ils maintiennent les ressources marines et les écosystèmes qu’ils gèrent.
 



 
Samson - Ocean Witness
© WWF Madagascar Enlarge
Samson
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Samson et sa famille
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Le village de Beheloke
© WWF Madagascar Enlarge

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