Julien Chupin

... à Madagascar avec le WWF

J'ai décidé de faire le saut du bureau à la brousse après 5 années passées dans le monde des affaires. Je travaillais dans les domaines du commerce équitable, de l'investissement socialement responsable, et de la responsabilité de l'entreprise. Ou comment allier développement économique, protection de la nature et épanouissement de l'homme. Une quête qui m'a donné envie de partir sur le terrain pour mieux en apprécier la réalité. J'étais motivé par une soif de rencontre et le désir de participer à une action tangible. Le programme du WWF envoyant des jeunes volontaires pour participer à une mission de conservation était idéal... en plus Madagascar.

Avant mon départ je m'étais préparé au pire comme de mauvaises conditions d'hygiène mais pas de crainte pour ma sécurité. J'ai aussi tenté d'oublier certaines valeurs culturelles de ma société de consommation. Pas facile quand on a tout et qu'on va dans un pays où les gens n'ont rien.

Seulement 11h d'avion pour changer de monde!

A mon arrivée je monte dans une Peugeot 404 direction le centre ville. Sur la route, des centaines de va-nu-pieds. A travers la fenêtre: la terre est rouge, les rizières sont vertes, et les bâtiments sont vétustes. J'ai l'impression de faire un bond en arrière dans le temps. Plus tard je me rendrai compte que je suis dans une sorte d'arrêt sur image, puisque quasiment rien ne bouge!

Rapidement, je me suis mis au travail. Deux mois, c'est court, heureusement tout était assez bien organisé. J'ai donc quitté Antananarivo pour le nord du pays vers la ville d'Andapa, une région verte et humide. Elle est réputée pour sa production de vanille. Ici peu de voitures, peu de routes, beaucoup de villages d'un autre temps... D'ailleurs c'est dans un village de brousse que je m'installe pendant 10 jours avec une autre volontaire, Lucia. Chacun loge avec une famille d'accueil. Du choc des premiers jours, je passe à l'acclimatation avec la découverte de la case en bois, du ruisseau qui sert pour la cuisine et la toilette, des centaines d'enfants qui me regardent...

Je découvre ce qu'est une économie de subsistance, c'est à dire vivre, voir survivre, au jour le jour. Au quotidien, c'est trois repas de riz! Nos hôtes font des efforts, je goûte donc au manioc et à l'ovy. Ce sont des racines assez savoureuses et cuites avec beaucoup de sucre. Je travaille une matinée aux champs et plante de la vanille. De retour au village, tout le monde s'étonne que l'étranger sache travailler la terre, enfin presque. Je me rends compte, que la vie de ces paysans est difficile. Le travail du champ est harassant. Il semble aussi que les femmes travaillent plus que les hommes! Pour le reste: la première route goudronnée est à deux heures de marche. Pas d'eau et d'électricité courante. Le centre de santé est vétuste. Un peu comme tout le reste d'ailleurs. Les enfants arrêtent l'école à 12 ans. Les autorités et autres services de l'état sont aux abonnés absents. Faute de moyen, d'envie, ou découragement, je ne sais pas. Le constat lui est clair: la seule source de revenu dépend des cours fluctuant de la vanille, la démographie du village explose (les femmes ne connaissent même pas le fonctionnement de leur menstruation, le préservatif est un mythe). Tout cela a un coût et c'est la forêt qui le paie. Il reste seulement 10% des forêts primaires.

Dans ce contexte délicat, j'ai tenté avec le WWF d'impulser un changement des comportements dans la communauté ou je séjournais. D'abord en discutant avec les gens pour bien comprendre leur style de vie. Je parle de bois de construction, de mauvaise récolte, du prix de la vanille qui baisse... Avec l'aide de quelques individus motivés nous tentons de créer une association. Cette dernière a pour objectif de mobiliser les jeunes pour qu'ils agissent comme relais d'information. Leur mission: faire prendre conscience de l'importance des gestes quotidiens qui peuvent soit détruire ou protéger la forêt. Par exemple la cuisine se fait toujours au feu de bois. Il existe pourtant d'autres combustibles, tel que l’écorce de riz. Le principal problème est de vaincre les vieilles habitudes qui ont du mal à changer.

Après plusieurs réunions d'informations, c'est le moment fatidique. Qui veut être membre de l'association? Une, deux, trois, quatre mains se lèvent. Le message est passé. Au total c'est une vingtaine de jeunes entre 15 et 35 ans qui sont volontaires. S'en suivent deux jours intenses pour les aider à s'organiser et à décider des actions prioritaires. Le travail avec ces jeunes et l'échange d'idées fut un moment mémorable. Malheureusement, je dois les abandonner, parce que le programme continue. Que feront ils? Pétard mouillé ou étincelle? Je reviendrai dans un an pour voir ce qu'ils ont accomplis. C'est promis.

J'entame avec l'équipe du WWF un périple de plus de 400 km de marche à travers des paysages fantastiques allant des collines désertiques aux forêts luxuriantes. Dans les villages on nous accueille en chantant, tapant des mains et des pieds sur le sol. Parfois des centaines de personnes se rassemblent autour de nous. Les blancs sont rares dans ce coin du monde. Ces marches me permettent de découvrir la splendeur de Madagascar. Avec des guides et des scientifiques je comprends mieux le fonctionnement de chaque espèce dans la chaîne biologique. Je m'intéresse aux espèces endémiques. Je sourie moins quand je me réveille avec un scorpion dans mon lit.

Malheureusement il ne reste plus grand chose à voir de la forêt qui est en lambeau. Je comprends la signification de "protection de la nature" quand je me trouve nez à nez avec un lémurien (ancêtre du singe), le Silki Sifaka. Il est blanc, docile, unique et en voie de disparition. Moins de 1000 spécimens vivent dans une petite zone au nord de Madagascar. On lui coupe la tête pour le manger, et on coupe la forêt pour faire de la place à l'agriculture, et pour le bois précieux. Pour l'instant c'est la raison, ou plutôt la survie économique qui l'emporte. Des exemples comme celui-ci il y en a des centaines. Je me demande si le développement de Madagascar se fera au dépend de son environnement. 

Cette expérience, tant attendue, a soulevé beaucoup de questions:
  • Pourquoi ces hommes sont ils dans une situation d'extrême pauvreté?
  • Pourquoi meurt-ils de faim et nous d'obésité?
  • Pourquoi sommes-nous aveugles face à cette détresse?
  • Pourquoi ne prennent ils pas eux-mêmes les choses en main?
  • Est ce que mon comportement, par exemple de consommateur, est une cause de leur misère?

D'un point de vue pratique, j'ai confirmé mon goût pour l'action de terrain. Une activité qui me permet de rencontrer des hommes et des femmes d'autres horizons et d'apprendre les uns des autres. J'y suis aussi en contact direct avec la nature. A mon avis c'est un bon endroit pour comprendre le monde. Pour ce qui est de le changer, je vais travailler à Madagascar dans le domaine du commerce équitable et des huiles essentielles. A suivre.
Voila un petit documentaire que j'ai réalisé durant mon séjour. Il résume mon expérience de volontaire à la découverte de Madagascar avec l'ambition de participer à la protection de l'environnement...

Julien Chupin on a beach in Madagascar. WWF Volunteer. 2006. / ©: Lucia Canedo Pouso
Difficile d'être volontaire. Surtout un jour de relâche en bord de mer.
© Lucia Canedo Pouso

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L'enseignement que je garde de cette expérience

  • Découvrir pour s'ouvrir,
  • Parler pour comprendre,
  • Penser pour aider,
  • S'unir pour agir.

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