Marc Sivignon

Présentation

Après des études d’ingénieur et quelques années d’activité en Europe dans le domaine biomédical, j’ai décidé de prendre un peu de recul par rapport à ce que je faisais et de concrétiser une envie qui veillait en moi depuis quelques années : partir dans un pays en développement pour essayer de m’y rendre utile. En fait, réaliser l’idée souvent citée sur ce site de rendre un peu de ce que j’ai eu la chance de recevoir. Une concrétisation sur le tard (29 ans) mais c’était simplement le bon moment, et je comptais bien en profiter pour mettre mon expérience professionnelle à profit.
 

Il y a des tas de manières de faire ça. Pour ma part je souhaitais partir avec une ONG de développement reconnue. A vrai dire, la thématique ou la destination m’importaient peu, je voulais surtout participer à quelque chose qui améliore la vie de certaines personnes et sur un plan plus personnel expérimenter un mode de vie différent de celui que j’avais depuis toujours.


 

Le programme Explore!

Explore! et moi

J’ai postulé au programme Explore! et je suis finalement parti à Madagascar, de mai à novembre 2012. J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre : je me sentais concerné par la protection de l’environnement, mais c’était loin d’être une passion me poussant à être militant et acteur. Je connaissais bien sûr le WWF mais je ne savais pas trop ce qui était fait sur le terrain. Et surtout, j’avais un peu de mal à comprendre comment envoyer six jeunes gens inexpérimentés à Madagascar à grands coups de kérosène allait aider à protéger l’environnement… Tout ça m’a fait un peu hésiter avant d’accepter de partir.
 

Mais finalement j’y ai vu une promesse de nombreuses découvertes et l’occasion d’apprendre non seulement d’un point de vue culturel et social en allant dans un pays si différent de ce que je connaissais, mais aussi sur le fonctionnement d’une organisation comme le WWF et ce que signifie la protection de l’environnement et la conservation sur le terrain.

 

Ce que j’y ai trouvé

Le meilleur résumé de mon expérience à Madagascar est : ça valait le coup ! Malgré mes hésitations, mes incertitudes, mes doutes préalables par rapport au bien-fondé des actions menées, ma méconnaissance de ce milieu, mon esprit critique qui me disait qu’il ne fallait peut-être pas s’attendre à grand-chose de tout ça, j’ai eu l’agréable surprise de me rendre compte que je me retrouve bien dans les principes d’actions adoptés par le WWF à Madagascar.

 

Et au-delà du cœur de ce volontariat, il y a bien sûr l’expérience humaine unique, la découverte en profondeur d’un pays (ou du moins d’une région) et de ses habitants, et la vie en groupe, l’aventure en brousse, les imprévus… La liste est longue.

 

Bien sûr il y a toujours des frustrations, je me suis senti inutile au début, on est fatigué parfois, on apprend beaucoup sans avoir l’impression de donner grand-chose en échange. Mais ces quelques mois sont tellement riches qu’ils passent très vite, et ce qu’on apporte est bien plus que des idées ou des bras qui travaillent la terre. Chacun trouve sa propre source de motivation quand le moral est en berne ; pour ma part, ce qui me réconfortait souvent était de voir les villageois se motiver simplement parce que six jeunes étrangers leur rendaient visite. Oui, leur mode de vie intéresse des gens qu’ils ne connaissent pas ; oui, la protection de l’environnement  est l’affaire de tous ; et oui, on peut tous apprendre quelque chose de ces échanges, malgré les différences flagrantes d’éducation et de moyens.

 

En plus de ces lieux communs (mais qui ne font pas de mal à être rappelés) cette expérience m’a aussi permis de mieux cerner quelle direction je veux prendre pour la suite. J’y ai retrouvé une certaine motivation, et en prime l’envie de continuer à m’investir dans la société civile. Avant de partir, j’étais plutôt réticent à l’idée de devenir un « ambassadeur » du WWF, implicitement attendu plutôt bienveillant. Mais malgré tout ce que le WWF fait pour nous volontaires, on peut quand même garder son esprit critique. Au moins on peut en parler en connaissance de cause et pour moi, si cette expérience incite quelques-uns d’entre nous ou de notre entourage à continuer à s’engager d’une manière ou d’une autre, c’est forcément un succès.


 

Quelques mois avec le WWF contre la déforestation

Sur le terrain

Je ne vais pas tout raconter ici, je crois que les films que nous avons créés parlent d’eux-mêmes. Dans les villages que nous avons visités, nous avons participé aux activités que les agents du WWF développent au jour le jour. Ce sont principalement des activités génératrices de revenus alternatifs pour lutter contre la déforestation causée notamment par la culture sur brûlis et l’élevage de zébus. Il y a aussi de nombreuses zones de reboisement (pour produire du bois de chauffe et de construction avec des espèces exotiques) et de restauration (pour reconstituer la forêt dégradée avec des essences autochtones). Pour plus de détails, voir le film « L’action du WWF à Ivohibe » (en français).

 

En plus de ces activités, nous avons réalisé quelques activités de sensibilisation avec les villageois. Que ce soit avec les enfants, les groupements féminins ou toute autre intervention, nous avons toujours reçu un très bon accueil et c’est dans ces moments-là qu’on échangeait le plus avec eux et qu’on pouvait se rendre compte de la situation dans les villages (isolement, analphabétisme, pauvreté…). Le film « Mais qu’est-ce que tu faisais là-bas ? » (en français) raconte le déroulement de ces activités et celui « Empowering Women » (en anglais) décrit la place des femmes dans la région d’Ivohibe.

 

Mais qu'est-ce que tu faisais là-bas ?

Un petit aperçu des activités que nous avons réalisées sur le terrain.
On ne s’arrête pas en si bon chemin…

Après trois mois passés à Ivohibe avec mes cinq collègues volontaires, j’ai eu la chance de pouvoir prolonger mon volontariat avec le WWF. Et oui, malgré mon scepticisme du début, j’ai assez rapidement trouvé la motivation pour rempiler.

 

J’étais alors basé à Fianarantsoa, une grande ville au sud de la capitale Antananarivo, où se trouve le bureau du WWF pour la région sud-est et notamment pour les projets en cours à Ivohibe. J’étais alors moins présent sur le terrain et j’ai travaillé à la création d’une base de données permettant de mieux suivre la progression des actions en cours. J’ai aussi eu le temps de finaliser des posters de nos activités de groupe à distribuer dans les villages et un film qui raconte ces activités. Et j’ai bien sûr continué à raconter ce que j’ai vécu à Madagascar.

 

Les conditions de mon volontariat

Comme toutes les expériences avec Explore! sont très différentes les unes des autres, voici une brève description des conditions dans lesquelles ma participation s’est déroulée :

  •  Nous étions un groupe de 6 (Angleterre, Australie, Canada, France, Italie, Suisse), entre 22 et 29 ans, d’horizons assez différents (mais quand même une majorité d’étudiants dans des domaines liés à l’environnement et la conservation).

  • Nous étions basés à Ivohibe, une petite ville à l’est d’Ihosy, accessible par une piste de terre pas vraiment confortable. Le WWF y louait une maison pour nous six et nous a fourni tout l’équipement nécessaire et même un peu plus : matelas et draps, vaisselle et ustensiles de cuisine, bouteilles de gaz, groupes électrogènes, tentes, vélos… Nous avions l’eau courante, l’électricité entre 17 et 22 h et les cafards pour nous tenir compagnie.
 
  • Ivohibe possède plusieurs écoles primaires, un collège et même un lycée. Il y a aussi un centre de santé de base (CSB II) qui nous a servi quelques fois. Le marché n’y est pas très grand mais on arrivait quand même à trouver de quoi satisfaire nos végétariennes et varier les plats.
 
  • Depuis Ivohibe, nous rejoignions de villages ruraux, parfois à une journée de marche, où nous séjournions quelques jours. Là les conditions de vie étaient bien sûr assez basiques : dormir sous la tente ou dans une maison de terre avec les puces, aller chercher l’eau à la rivière, se coucher à 21h… C’est dans ces villages que nous participions aux activités du WWF. Nous avons toujours eu des porteurs payés par le WWF pour emmener toutes nos affaires sur le terrain (gaz, groupe électrogène pour les projections, matériel de cuisine et de camping, affaires personnelles, provisions).
 
  • Les agents de terrain du WWF nous ont accompagné quasiment partout (nous avons été seuls dans un village seulement une fois pendant 3 jours), ce qui était bien pratique pour la communication avec les habitants. Même si nous étions souvent basés tous les 6 dans le même village ou hameau, nous nous séparions en groupes de 2 ou 3 pour la réalisation des activités.
 
  • A Fianarantsoa, c’était très différent. J’étais logé dans les locaux du WWF, avec encore une fois tout le nécessaire pour séjourner. C’est une grande ville avec l’électricité quasi en permanence, un accès facile aux transports et même une connexion poussive à internet au bureau.


L'action du WWF à Ivohibe

Ou comment planter des carottes protège la forêt...

Et Madagascar ?

On décrit souvent Madagascar comme une oasis de biodiversité, ce qui en fait un pays un peu à part. Mais c’est aussi (en vrac) la déforestation et ses dégâts ; des gens accueillants et généreux ; les cultures sur brûlis ; l’extrême pauvreté en milieu rural ; les problèmes politiques ; des paysages impressionnants ; des forêts quand même (humides ou sèches, primaires ou secondaires…) ; des lémuriens, caméléons et autres bestioles ; un ciel inoubliable ; des arbres magnifiques ; et des tas de petits coins de paradis…
 

Mais au final, quelle différence avons-nous fait en trois mois à Ivohibe, une petite ville rurale dans le sud-est du pays ? Comme je l’ai déjà dit, j’ai l’impression d’avoir plus appris qu’apporté, et il est difficile de savoir quel impact on a vraiment pu avoir sur les villageois ou les agents du WWF. Ou même sur d’autres personnes à qui on a raconté ce qu’on a vécu ici.
 

Dans les villages, nous expliquions notre présence selon trois objectifs principaux : participer aux actions du WWF ; faire nos propres activités de sensibilisation avec les villageois ; et enfin communiquer à notre retour sur ce qu’on a vu et fait. C’est grâce à ce dernier volet que selon moi le volontaire peut vraiment faire une différence. Parce que si on peut aider des paysans à créer un potager ou même partager des méthodes de travail avec ceux qui mènent les projets, il est difficile d’apporter quelque chose de durable sur le terrain. Mais l’expérience que l’on y gagne personnellement est quelque chose que l’on gardera toute sa vie, et il ne tient alors qu’à nous de l’utiliser du mieux qu’on peut. Pas forcément pour Madagascar donc, mais toute motivation est bonne à prendre.

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