Une population motivée

Le Programme holistique de conservation des forêts à Madagascar (PHCF) lancé en octobre 2008 a définitivement pris son envol avec le démarrage des premières activités de terrain sur la plupart des sites d’intervention.
C’est le cas notamment à Ivohibe, dans le sud-est de l’île, où la population a généralement bien accueilli les premières initiatives du WWF.

Prairies vallonnées
Dans cette région, les prairies vallonnées dominent avant de faire place à un important corridor forestier, dont la conservation est cruciale tant pour la biodiversité que pour les communautés locales.

Des campagnes de sensibilisation sur le changement climatique ont ainsi été menées entre octobre 2008 et mars 2009, par le biais de réunions villageoises et du porte-à-porte.

Il s’est agi d’expliquer à la population l’origine et les impacts du réchauffement de la planète, ce qui n’est pas toujours évident.

« Tout le monde ici a remarqué que la pluie et les cyclones sont arrivés avec beaucoup de retard cette année, » explique Joël Raveloson, le chef du projet à Ivohibe-Andringitra. « Beaucoup de personnes perçoivent les changements climatiques mais peu font le lien avec leurs activités, »  

En revanche, la population est bien consciente que les ressources en bois commencent sérieusement à manquer.

« Cela nous aide à faire prendre conscience aux communautés qu’il est nécessaire de gérer les ressources restantes de manière durable, » poursuit Joël Raveloson. 

Émissions sur la radio locale
Les actions d’information et de sensibilisation sur ce sujet menées durant le premier semestre du PHCF ont donc été considérablement facilitées. Outre les réunions villageoises, des animations et des émissions ont été diffusées sur la radio locale Soa Akata (Bonnes herbes).

Cette radio programme deux sessions en direct de 30 minutes à une heure chaque semaine consacrées à l’environnement et le WWF peut y présenter un sujet de son choix. Les changements climatiques, la gestion durable des ressources naturelles et le reboisement ont été les thèmes prioritaires des derniers mois.

Reboisement prometteur
Cette année, la campagne de reboisement a d’ailleurs eu des résultats prometteurs à Ivohibe. Les communautés locales ont démontré leur motivation en fixant elles-mêmes les surfaces à reboiser à 2 hectares par fokontany pour 7 fokontany (la plus petite unité administrative à Madagascar). Des comités d’exécution et de suivi des reboisements seront donc mis en place dans les fokontany concernés.
   
« Auparavant, les reboisements intéressaient seulement les communautés locales de base (COBA) et les écoles, » note Joël Raveloson. «Aujourd’hui, les associations et les particuliers veulent aussi y  participer et y contribuer. »

Des séances de formation sur la conduite des pépinières et les techniques de reboisement ont été organisées à l’attention des représentants des communautés locales de base (COBA) et des pépiniéristes communaux, avec la collaboration du chef du cantonnement forestier.

Quelque 45 hectares de terrains à reboiser ont été identifiés en concertation avec la population et les autorités locales dans les communes d’Ivohibe et Antambohobe.

Une espèce de pin (Pinus caribea), de l’eucalyptus (Eucalyptus sp.), de l’acacia (Acacia sp) et des arbres fruitiers seront utilisés pour les reboisements. Les jeunes plants et semences viennent de la pépinière du bureau du WWF sur place ou sont fournis par des paysans.

Ateliers d’information
En ce qui concerne la création de nouvelles aires protégées (NAP), des ateliers ont été organisés dans chaque commune rurale du district avec le secrétariat technique de la NAP du Corridor Fandriana-Vondrozo (COFAV).

Là aussi, ces ateliers avaient pour objectif d’informer les communautés sur la NAP et ses modalités, de déterminer les usages et vocations des zones forestières existantes (différents zonages), d’identifier avec la population les modes de gestion possibles ainsi que les mesures à mettre en place.

En concertation avec les communautés, il a été possible de déterminer les trois zones principales pour la protection, la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles.

Double approche
Quant aux activités de restauration forestière, elles se feront cette année sur 15 hectares déjà identifiés et impliquent cinq communautés locales de base dans les communes d’Ivohibe et Antambohobe. Deux approches ont été adoptées : le semis direct d’espèces pionnières Harungana madagascariensis, utiles pour recoloniser rapidement les espaces, et les transplantations – sur les lisières à restaurer – de sauvageons récoltés en forêt naturelle.
 / ©: Olivier van Bogaert
Le village d'Ivohibe et ses environs.
© Olivier van Bogaert
 / ©: Olivier van Bogaert
Joël Raveloson, Martial Rakotondrasoa et Diamondra Fananako Andriambololona discutent de reboisement avec Richard Tsirinasy Bendala (à droite), responsable d'une association locale.
© Olivier van Bogaert
 / ©: WWF/Joël Raveloson
Un secteur déboisé du corridor forestier d'Ivohibe sélectionné pour des activités de restauration de la forêt.
© WWF/Joël Raveloson

Les activités des prochains mois

Reboisement
Outre la poursuite de la sensibilisation, l’accent sera mis sur la sélection et la formation de paysans modèles pour entretenir les pépinières afin de produire les plants qui serviront au reboisement.

À Ivohibe, l’approche qui consiste à cibler les personnes susceptibles de disséminer des informations sur l’importance du reboisement ou capables de sensibiliser d’autres membres de la communauté sera poursuivi afin d’amplifier l’effet multiplicateur déjà ressenti. Durant le premier semestre du projet, 50 brochures, autant de livres et 100 posters destinés à sensibiliser les populations à dégradation de l’environnement ont été distribués dans les quatre communes d’intervention. Des techniques de sensibilisation de masse seront désormais aussi utilisées, incluant des réunions villageoises et du porte-à-porte, avec un suivi de l’utilisation des outils d’éducation auprès des « sensibilisateurs » clés.

Restauration des paysages forestiers dégradés
Les activités de restauration passive et active s’étendront aussi durant le prochain semestre. À Ivohibe, l’essentiel des travaux sera consacré aux regarnissages, ainsi qu’au suivi et à la protection des jeunes plants transplantés.

  •  / ©: Olivier van Bogaert