Prestige: un après, le désastre continue | WWF

Prestige: un après, le désastre continue

Posted on 06 November 2003    
Pétrole collecté près du village côtier de Carmelle, nord-est de l'Espagne.
© WWF / Raúl García
Londres, Royaume-Uni: Dans un nouveau rapport très critique, le WWF affirme que le désastre du Prestige est loin d'être terminé, un an après le naufrage du pétrolier au large des côtes galiciennes, au nord ouest de l'Espagne. Alors que le gouvernement espagnol laisse entendre que la situation est redevenue normale, l'organisation de protection de la nature et de l'environnement réfute cet optimisme et conclut au contraire que l'écosystème marin et le secteur de la pêche sont encore largement sinistrés dans la région. Le rapport du WWF révèle que 64'000 tonnes de pétrole se sont échappées des cuves du Prestige, soit 60 pour cent de plus qu'initialement estimé. Entre 5'000 et 10'000 tonnes de pétrole dérivent toujours dans l'Atlantique et des nappes viennent régulièrement souiller les côtes. Il reste en outre 13'000 tonnes de pétrole dans l'épave du navire. Le rapport relève que 3'000 kilomètres de côtes ont été touchées et que les dommages à la nature et au secteur économique (pêche et tourisme notamment) risquent de perdurer pendant une dizaine d'années. Ils peuvent être chiffrés à quelque 5 milliards d'euros, dont 97,5 pour cent seront en définitive à la charge des pouvoirs publics. Environ 30'000 personnes vivant de la pêche ont dû cesser temporairement leurs activités et lorsque celles-ci ont repris, plusieurs organisations locales de pêcheurs ont fait état d'une chute de 80 pour cent de leurs prises. Toujours selon le rapport, les quantités de pétrole qui se sont déposées sur les fonds marins, en particulier dans les eaux côtières peu profondes, font planer un sérieux risque de contamination toxique de la chaîne alimentaire, dont font partie plusieurs espèces de poissons et de crustacés de grande valeur commerciale (bars, calamars, crabes et crevettes par exemple). Le gouvernement espagnol a préparé un plan d'aide à la Galice, d'un montant de 12,5 milliards d'euros. Le WWF estime cependant que ce plan fait la part belle à un développement économique rapide et débridé, ce qui pourrait sérieusement accroître les problèmes environnementaux de la province au lieu de favoriser la restauration de ses richesses naturelles et de ses ressources économiques. "Jusqu'à présent, le gouvernement espagnol n'a pas brillé par sa transparence et ses préoccupations écologiques dans la gestion de cette crise," remarque Raul Garcia, spécialiste de la mer au WWF-Espagne et auteur du rapport. "En voulant faire croire que tout va bien dans le meilleur des monde, il donne l'impression de chercher à camoufler cette pollution plutôt que de la nettoyer." Le WWF déplore également que le travail d'investigation sur le naufrage du Prestige et la marée noire qui en a résulté ne bénéficie pas d'un soutien financier adéquat. Seuls 10 millions d'euros ont été débloqués, ce qui est peu en comparaison des 270 millions d'euros alloués à la recherche après la catastrophe de l'Exxon Valdez, en 1989 en Alaska. Or, le WWF estime que la complexité et l'ampleur de la marée noire du Prestige pourraient livrer des informations essentielles sur les moyens à employer pour lutter contre ce type d'accident, et notamment le développement de méthodes efficaces favorisant la régénération des ressources naturelles et commerciales. Selon le WWF, il est par ailleurs vital que la législation sur la sécurité maritime soit renforcée, si l'on veut réduire le risque que des désastres similaires se reproduisent. "Le WWF exhorte les pays membres de l'Organisation maritime internationale à identifier les régions du globe les plus fragiles et les plus vulnérables et à les déclarer zones marines particulièrement sensibles," souligne Simon Cripps, directeur du programme du WWF "Les mers en danger". "Une fois décrétées, de telles zones, associées à une réglementation plus stricte, contribuent véritablement à réduire le risque de marée noire." Le pétrolier Prestige a coulé le 19 novembre 2002, après six jours de dérive le long des côtes galiciennes. Près de 300'000 oiseaux marins (surout des guillemots, des macareux-moines et des petits pingouins) ont péri lors de cette marée noire. C'est l'une des catastrophes non naturelles parmi les plus meurtrières pour la faune sauvage qu'ait jamais connu l'Europe. Pour toute information complémentaire: Claire Doole, Service de presse, WWF International, tél.: +41 79 477 35 64 Olivier van Bogaert, Service de presse, WWF International, tél.: +41 22 364 95 54 NOTES:  Six zones marines particulièrement sensibles ont déjà été approuvées par l'Organisation maritime internationale. Il s'agit de la Grande Barrière de Corail (Australie), de l'archipel de Sabana-Camaguey (Cuba), de l'île de Malpelo (Colombie), des Florida Keys (Etats-Unis), de la mer de Wadden (Danemark, Allemagne, Pays-Bas) et de Paracas (Pérou). Deux autres de ces zones seront décrétées en juin 2004: le passage de Torres (Australie et Papouasie-Nouvelle-Guinée), et les eaux européennes occidentales couvrant la Belgique, le Royaume-Uni, l'Irlande, la France, l'Espagne et le Portugal.
Pétrole collecté près du village côtier de Carmelle, nord-est de l'Espagne.
© WWF / Raúl García Enlarge