La surpêche dans la mer du Nord et la Baltique coûtera 400 millions cette année | WWF

La surpêche dans la mer du Nord et la Baltique coûtera 400 millions cette année

Posted on 21 November 2002    
Catch on the deck of a deep sea fishing trawler
© WWF / Mike R. JACKSON
Bruxelles, Belgique - Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par le WWF, la surexploitation des stocks de poisson constitue un problème majeur, non seulement au plan écologique, mais également au plan économique. Ce rapport, intitulé The Economics of a tragedy at Sea (Aspects économiques d’une tragédie en mer), montre que même sur base d’une estimation prudente, la surexploitation de la seule morue dans la mer du Nord et la mer Baltique générera une perte de revenus de l’ordre de 400 millions d’euros en 2002. Entre 1977 et 1997, les prises moyennes de morue dans la mer Baltique se situaient aux alentours de 235.000 tonnes par an. Si, dans un souci de précaution visant à arriver à un volume annuel durable, on prélève une « valeur tampon » de 30%, on obtient une prise globale potentielle de quelque 165.000 tonnes par an. Or, pour 2002, le quota a été fixé à 76.000 tonnes en raison de la maigreur des stocks, due à des années de surexploitation. Sur base des prix actuels de la morue, la différence entre le volume de prise jugé durable et le quota autorisé représente pour l’année en cours une perte d’environ 160 millions d’euros. Un calcul analogue pour la morue de la mer du Nord donne un volume de prise « durable » de 140.000 tonnes par an. La différence entre ce chiffre théorique et les prises effectives enregistrées en 2001 représente une perte d’environ 243 millions d’euros. Et ce, sans que l’on ait tenu compte de la recommandation de suspendre la pêche à la morue ! En fait, les auteurs du rapport estiment que le volume de prise durable est largement en deçà de ce qu’il pourrait être en réalité, certains experts avançant des chiffres nettement plus élevés. Dans cette hypothèse, les pertes causées par la surpêche seraient de loin supérieures à l’estimation de 243 millions d’euros contenue dans l’étude publiée aujourd’hui par le WWF. Dans leur conclusion, les auteurs Ralf Doring et Henning Holst indiquent que « la surexploitation des stocks de poisson constitue un problème majeur, non seulement sur le plan écologique, mais aussi sur le plan économique, la maigreur des stocks entraînant fatalement une diminution du volume des prises potentielles. » Ils concluent en disant que « les arguments selon lesquels les mesures de protection des stocks représentent un danger pour l’industrie de la pêche n’ont guère de poids… Ce sont au contraire les décisions répétées de ne pas réduire suffisamment les quotas autorisés qui ont engendré les problèmes que nous connaissons aujourd’hui. » La perte de revenus de 400 millions évoquée dans le rapport ne concerne qu’une seule espèce de poisson dans deux mers. Dans l’ensemble, les pertes de revenus causés par la surpêche sont très certainement colossales, notamment dans les 14 stocks, situés dans les eaux territoriales de l’UE, pour lesquels les scientifiques ont recommandé la mise en œuvre de programmes de régénération, ainsi que dans les 12 stocks qui, selon la Commission européenne, ont dépassé le seuil biologique de viabilité. Au total, plus de 62% des stocks commerciaux dans le nord-est de l’Atlantique, 75% dans la mer Baltique et au moins 65% dans la Méditerranée, ont régressé au-delà du seuil biologique de viabilité. Comme le souligne Heike Vesper, de la campagne « pêche » du WWF, « non seulement les subventions affectées à la politique européenne de la pêche coûtent une fortune au contribuable européen, mais l’échec de cette politique entraîne pour l’économie européenne des millions d’euros de manque à gagner ». Le WWF lance un appel à l’Union européenne afin qu’elle réoriente l’argent du contribuable et les subventions et qu’elle : cesse de soutenir la modernisation de la flotte de pêche et la construction de nouveaux bateaux ; réduise les surcapacités de la flotte de pêche européenne ; introduise une série de mesures visant à protéger l’environnement et les stocks de poisson ; et abandonne le système des quotas annuels au profit d’une planification à long terme. Julian Scola, WWF Fisheries Campaign, tél. +32 2 743 8806, gsm +32 486 117394
Catch on the deck of a deep sea fishing trawler
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