Substances chimiques: nouvelles sources d'inquiétude, selon un rapport du WWF | WWF

Substances chimiques: nouvelles sources d'inquiétude, selon un rapport du WWF

Posted on 29 January 2004    
Les faucons pèlerins sont contaminés par les retardateurs de flamme bromés.
© WWF / Chris Martin BAHR
Bruxelles, Belgique - Un nouveau rapport du WWF révèle toute une série de conclusions scientifiques récentes sur la contamination chimique des êtres humains et de la faune sauvage.

L'étude, publiée dans le cadre de DetoX, une campagne que l'organisation environnementale lance aujourd'hui pour obtenir une meilleure législation européenne sur les produits chimiques, incrimine plusieurs substances toxiques utilisées dans des biens de consommation courants. 
 
Alors que la contamination chimique due au DDT ou aux biphényls polychlorés (BPC) a été largement documentée par le passé, les dangers de nombreux produits chimiques encore sur le marché et récemment étudiés deviennent de plus en plus évidents.

C'est ce qui ressort du rapport du WWF Nouvelles sources d'inquiétude: faune sauvage et produits chimiques. L'étude montre que ce sont essentiellement les composés perfluorés et phénolés, les phtalates et les retardateurs de flammes bromés qui alimentent ces nouvelles sources d'inquiétude.

Les composés perfluorés sont notamment utilisées dans la production de textiles, d'emballages de denrées alimentaires et de revêtements culinaires n'attachant pas, tel le téflon ; les phtalates servent à fabriquer des plastiques comme le PVC ; les composés phénolés et les retardateurs de flammes bromés se retrouvent dans les ordinateurs et les téléviseurs respectivement. 
 
Selon le rapport, ces substances chimiques peuvent provoquer de graves atteintes à la santé: cancers, déficiences immunitaires, altération du comportement, troubles hormonaux, voire féminisation.

Les scientifiques ont trouvé des composés perfluorés - classés comme cancérigènes par l'Agence américaine de protection de l'environnement - chez des dauphins, des baleines et des cormorans de la Méditerranée, des phoques et des pygargues de la Baltique, ainsi que chez des ours polaires.

On pense également que des centaines d'oiseaux de compagnie meurent chaque année à cause des fumées et des particules émises par les revêtements en téflon.

Des changements de sexe ont été observés sur une espèce de caïman natif d'Amérique du Sud exposé au biphénol A.

Enfin, des retardateurs de flammes bromés ont été retrouvé dans les tissus des cachalots et des phoques de l'Arctique canadien, et plus récemment dans les oeufs des faucons pèlerins. 
 
Le WWF estime que les dispositions légales actuelles en matière de protection de la vie humaine et animale contre les substances chimiques dangereuses sont inefficaces.

L'organisation environnementale plaide pour le renforcement et l'adoption d'un projet de législation européenne baptisé REACH.

Cette loi imposerait aux producteurs et importateurs de produits chimiques de fournir des données détaillées sur la sécurité des quelque 30'000 produits chimiques industriels annuellement commercialisés en Europe. 
 
"La recherche scientifique permet d'en savoir toujours plus sur le degré d'exposition des êtres humains et de la faune sauvage aux substances chimiques. Seule une information claire sur les effets de ces substances, et la mise hors service des plus nocives d'entre elles, permettront d'éviter les dangers qui se profilent à l'horizon," explique Clifton Curtis, directeur du Programme du WWF sur la pollution chimique. "Les composés perfluorés sont un bon exemple de la nécessité d'adopter REACH. Des producteurs comme 3M et DuPont ont mené des recherches pendant trente ans sur ces substances mais sans vouloir en publier les résultats. REACH empêcherait une telle situation." 
 
Le rapport rappelle que la contamination des êtres humains et de la faune sauvage par des polluants chimiques qui sont aujourd'hui interdits ou soumis à restriction (BPC, DDT, atrazine, tributylétain) reste étendue et continue.

Pour le WWF, cela confirme l'extrême persistance de ces produits et le besoin impératif d'éviter que l'histoire ne se répète avec la nouvelle génération de substances chimiques. 
 
Le WWF considère que le principe de précaution est indispensable pour réduire les risques posés par les substances chimiques passées et présentes.

Ce principe est totalement intégré dans REACH et répond aux lacunes du système d'information sur les produits chimiques actuellement sur le marché. 
 
"Nous savons que la production chimique ne cesse de croître, et dans le même temps nous sommes alertés par une multitude de menaces troublantes pour la population humaine et la faune sauvage," ajoute Clifton Curtis. "Il est inadmissible de faire croire qu'il n'y a aucun lien entre les deux et d'accorder le bénéfice du doute à l'industrie chimique."
 
Pour toute information complémentaire:

 
Olivier van Bogaert,
WWF International,
tél.: + 41 22 364 9554,
ovanbogaert@wwfint.org 
 
Campagne DetoX du WWF,
tél.: +32 2 743 8806 
 
NOTE

 
REACH est l’acronyme de Registration, Evaluation et Authorisation of Chemicals (enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques)
 

 

 

 
Les faucons pèlerins sont contaminés par les retardateurs de flamme bromés.
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