Les Apicultrices de Djirnda et Moundé (Sine Saloum)



Posted on 21 May 2014  | 
Les Apicultrices de Djirnda et Moundé (Sine Saloum)
© Claire Enlarge
 Le Delta du Saloum est une zone de mangrove, où l'eau de mer entre très loin dans les terres, rendant les eaux très salées à mesure que l'on se rapproche de Kaolack et que l'eau s'évapore. Les mangroves sont constituées d'arbres appelés palétuviers, dont les espèces principales sont Rhizophora racemosa, Rhizophora mangle et Avicennia africana. Ces arbres prennent appui sur un sol vaseux, avec de longues racines en échasse qui leur permettent de s'élever au dessus du niveau de l'eau. Ils tolèrent un niveau de salinité assez important en évacuant le sel en excès par leurs feuilles, surtout pour Avicennia africana que l'on retrouve au voisinage de la terre ferme, derrière les Rhizophora.

Les palétuviers fleurissent toute l'année et leurs fleurs sont très appréciées par les abeilles. L'apiculture existait déjà de manière traditionnelle dans la zone, mais l'apiculture "moderne" y est apparue dans les années 90, notamment au niveau de Toubacouta, plus au Sud. Les "projets" et ONG y voyaient une opportunité de diversifier les activités des pêcheurs (et ainsi diminuer la pression de la pêche et de la récolte des fruits de mer) mais aussi de protéger la mangrove contre les coupes en plaçant les ruches dans les zones sensibles.

C'est ainsi qu'en 2006, avec l'appui du PAGEMAS, les villages de Djirnda et de Mounde reçurent une première formation sur l'utilisation de ruches Langstroth, ainsi qu'une centaine de ruches et du matériel d'extraction. Un fait notable est que dans cette zone, ce sont les femmes qui pratiquent principalement l'apiculture. Jusqu'à présent, dans la région de Tamba, je ne voyais que des hommes apiculteurs. J'étais donc très curieuse de rencontrer ces femmes que les abeilles n'effraient pas !

Arrivés à Djirna, nous fumes accueillis par Mère Awa et Binta, deux apicultrices du groupement. Elles nous firent visiter leur petite miellerie construite en 2006 et déjà attaquée par le sel. Je fus surprise de voir qu'elles disposaient d'un équipement d'extraction de luxe, que même moi, petite toubab, ne m'offrirais même pas ! Un extracteur 12 cadres en inox, un maturateur en inox, et de chez Thomas s'il vous plait ! A l'inverse, je fus aussi surprise de constater qu'elle ne disposaient que d'un seul lève-cadre et d'un seul enfumoir qui avaient souffert des conditions de travail légèrement humide... Des tenues également, mais seulement 3 en état, et avec des gants troués...

Awa et Binta m'expliquèrent qu'elle venaient de faire une petite récolte, et qu'elles avaient obtenu 40kg avec presque une seule ruche ! Un bon rendement par ruche, qui compense les pertes lorsque les ruches sont renversées par les vagues. Car les ruches sont effectivement placées au sein des îlots de mangrove, sur des supports en bois, et les courants pendant l'hivernage peuvent faire beaucoup de dégats.

En analysant les contraintes, nous avons pu mettre en évidence que leur principal problème pour pratiquer l'apiculture était le suivi des ruches. En effet, pour aller voir les ruches, les apicultrices ont besoin d'une pirogue et doivent pour cela en emprunter une aux pêcheurs. Même si elles arrivent à payer le carburant, il est très difficile de trouver une pirogue disponible. De ce fait, elles ne peuvent vérifier l'état de ruches, et sont même parfois bloquées pour faire les récoltes.
Nous partîmes ensuite avec Binta pour voir quelques unes de leurs ruches. La plus proche était à quelques centaines de mètres du village et avait des abeilles depuis 2006. Même à marée basse, il fallut marcher dans l'eau, puis s'enfoncer dans la vase pour atteindre la ruche. Je fus particulièrement impressionnée par Binta, dont on pourrait dire qu'elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot. A côté d'elle je me sentais plutôt godiche ! En plus, elle n'arrêtait pas de me charier en disait qu'à Tamba on ne faisait pas de la vraie apiculture, que c'était trop facile et que notre miel était moins bon... Je reconnais que récolter sur la terre ferme présente plus de facilité, mais de là à critiquer mon miel !!!! Non, là je ne suis pas d'accord, et je leur ai promis de leur faire goûter du bon miel de Tamba, non fumé, non coupé à l'eau, du miel de qualité quoi !

Le lendemain, nous partîmes à Mounde, petit village à 30 min de pirogue de Djirnda. Là-bas aussi, des femmes et des hommes pratiquaient l'apiculture depuis 2006, sur des ruches Langstroth. Ils avaient reçu pour ainsi dire le même appui que Djirnda, et disposaient du même matériel. Un bon point pour Mounde, leur matériel était mieux entretenu, et le lève-cadre beaucoup moins rouillé ! Mamadou Ndiaye, qui nous fit la visite, ne manqua pas de préciser qu'ils mettaient un point d'honneur à faire du miel de qualité en respectant des mesures d'hygiène impécables, tout en avouant que c'était les femmes qui s'occupaient de l'extraction et de la mise en pot... Ben tiens, c'est bien connu, les femmes s'y connaissent mieux dans ce domaine !

Mamadou Ndiaye nous expliqua qu'en dehors du groupement, il avait également une cinquantaine de ruches traditionnelles en rônier. Mamadou était fier de nous dire qu'il était un vrai apiculteur, car il ne faisait que cette activité, n'était ni pêcheur ni cultivateur. Le seul de la zone aujourd'hui, hormis un petit vieux qui continue de s'occuper de ses 20 ruches à ses heures perdues.

Mamadou était aussi très intéressé pour apprendre à faire des bougies, des savons et autres produits pour diversifier sa production. Récemment, il a découvert que l'on pouvait récupérer la cire, alors qu'auparavent il la jettait à la mer... tous les apiculteurs/trices étaient d'ailleurs complètement dégoutés d'avoir fait autant de gâchis alors qu'ils doivent acheter des feuilles de cire chaque année pour leurs ruches Langstroth ! Pourtant, une simple presse leur permettrait d'être autonome en cire...

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