Le "Hatsake" menace la population de l’Atsimo Andrefana



Posted on 22 July 2012
Vue aérienne de la zone de Ranobe-PK 32
© Xavier VinckeEnlarge

Le hatsake, ces cultures sur brûlis mieux connus sous le nom de tavy dans l’Est et le centre de Madagascar, menace sérieusement le niveau de vie de la population de l’Atsimo Andrefana. La grande forêt située au cœur de l’aire protégée de Ranobe-PK32, au nord de Toliara, entre les rivières Fiherenana et Manombo, est la plus lourdement frappée : entre 2000 et 2011, 31 000ha, soit l’équivalent de 28 703 terrains de football, sont partis en fumée à cause de cette pratique agricole particulièrement destructrice.


Le tavy consiste à brûler la végétation pour cultiver. Sur les collines calcaires, elle permet de cultiver du maïs pendant une ou deux saisons agricoles. A l’issue de cette très courte période d’exploitation, la terre fertile a disparu et seuls restent les rochers sur lesquels la riche forêt d’origine ne peut plus repousser. « Sacrifier une forêt pour cultiver durant une saison agricole, c’est comme démonter un pont pour construire sa maison. On améliore un peu son niveau de vie mais on cause de grands torts à ses concitoyens et à soi-même » commente Xavier Vincke, responsable projet Surveillance aérienne des aires protégées du WWF dans la région de Toliara.


En effet, la forêt fournit aux communautés riveraines ainsi qu’à la ville de Toliara et de ses environs l’essentiel de leurs besoins quotidiens : le bois d’œuvre et de construction, le bois pour la fabrication des pirogues, les plantes médicinales, les fruits, le gibier ou le miel. Elles sont aussi la principale source de nourriture pour le bétail durant la saison sèche. 85% du charbon de bois de Toliara proviennent de cette zone. S’agissant d’une aire protégée, l’exploitation des ressources forestières y est autorisée, dès lors que l’engagement d’une gestion durable est respecté.


Ainsi, ces forêts, malheureusement menacées par le hatsake, est un maillon essentiel de la vie sociale, économique et culturelle de l’Atsimo Andrefana. Au-delà des nécessités d’une conservation écologique et environnementale, la destruction de ce capital forestier par la pratique de la culture sur brûlis nuit directement aux habitants de l’Atsimo Andrefana. Si cette forêt de Ranobe-PK32 venait à disparaître, partiellement ou totalement, cela signifierait que les services écologiques gagnés par la présence de ces ressources naturelles seront réduits à néant.


Les conséquences sociales et économiques touchent également les pêcheurs : « Lorsque ces forêts sont éliminées par le hatsake, la terre fertile est emportée par l’eau de pluie vers les cours d’eau, un endroit où elle ne sert à rien sauf à créer des dégâts », souligne Xavier Vincke. En effet, les cours d’eau déversent cette terre sur les récifs de corail. Cette boue prive les coraux de lumière, de nombreuses espèces qui en dépendent meurent à leur tour ou migrent ailleurs : le hatsake devient une menace pour l’avenir des pêcheurs.


Surveillance aérienne

C’est pour éviter le drame imminent de la destruction de ce capital forestier que le WWF a mis en place, en partenariat avec Aviation Sans Frontières - Belgique et le Système des Aires Protégées de Madagascar, un système de surveillance aérienne des aires protégées. « Il s’agit d’un système d’intervention rapide et efficace sur les sites d’agriculture sur brûlis. Chaque année, un avion survole les aires protégées, afin de prendre en photos tous les sites d’agriculture sur brûlis. Les photographies aériennes sont aisément analysées par les villageois et permettent d’orienter des patrouilles sur le terrain.» explique Simon Ranafomezantsoa, Coordinateur du programme terrestre de WWF.


Les photographies géantes prises au cours de ces survols ont été présentées à Toliara, lors d’une exposition publique qui n’a pas laissé la population indifférente. « Nous espérons que ces photographies aériennes feront prendre conscience à tous ceux qui les voient qu’il est temps d’agir, afin de préserver notre patrimoine forestier et d’arrêter de gaspiller nos richesses naturelles. Nous espérons que grâce à ces photos, l’on comprendra que la disparition de nos forêts à cause de l’agriculture sur brûlis est imminente et causera de graves problèmes économiques et donc de sécurité alimentaire pour les habitants de Toliara», souligne Xavier Vincke.


Applications de la loi

La comparaison des photographies aériennes de deux années successives permet de prendre facilement conscience de la très grande ampleur de la destruction engendrée par l’agriculture sur brûlis. Cette pratique a sérieusement rogné la forêt de Ranobe-PK32, dont la superficie est passée de 88 000 à 57 000 hectares. Malheureusement, chaque année, de plus en plus de défricheurs s’installent dans cette zone, ce qui accélère de manière inquiétante la destruction des forêts. En 2010, plus de 300 nouveaux sites de cultures sur brûlis ont été localisés dans Ranobe-PK32. L’un d’entre eux faisait plus de 200 hectares.


Cet effort serait vain si nous ne l’accompagnions pas de mesures adéquates qui permettent aux populations de subvenir aux besoins de leurs familles sans avoir recours à la culture sur brûlis. C’est le cas, par exemple, du projet de gestion durable des terres qui permet aux villageois de se lancer dans des techniques agricoles adaptées, rentables et durables tout en gérant les ressources naturelles de manière efficace. C’est aussi le cas de la promotion des foyers économiques qui permet d’utiliser moins de charbons et de rationnaliser le recours au bois énergie en utilisant ces fameux « fatana mitsitsy », capables de générer plus de 60% d’économie de charbons. Cependant, de telles initiatives ne pourraient, à elles seule, régler le problème du hatsake : l’application rigoureuse des lois forestières reste la démarche cruciale qui pourrait mettre fin à ce phénomène. Une application qui exige, en amont et en aval, que toutes les entités concernées prennent leurs responsabilités.




Vue aérienne de la zone de Ranobe-PK 32
© Xavier Vincke Enlarge