Des "ranavavy" au Barefoot College



Posted on 26 December 2012


Bandisa, Philomène, Zafitsiha, Razanamahasoa Berthe, Razafindramanana Saholiarisoa Lydia, Razafindravelo Germaine et Rasoamampionona Vonjiniaina Florette… Ces sept "ranavavy"(*) grands-mères originaires de Tsaratànana et d’Iavomanitra, dans le Sud-Est de Madagascar, ont été sélectionnées pour participer à la formation sur l’ingénierie solaire dispensée par le Barefoot Collège, en Inde. Elles quitteront Madagascar au mois de mars, pour séjourner six mois à Tilonia, Inde.  



Grands-mères, volontaires, originaires de villages éloignés et sans électricité, âgées de plus de 40 ans, ayant un faible ou aucun niveau d’instruction, n’ayant pas de responsabilités communautaires ou associatives particulières dans leurs villages. Telles sont les conditions exigées par le Barefoot Collège, littéralement « le collège aux pieds nus », pour recruter les participantes à cette formation qui a été lancée dans les années 1990, sous l’impulsion de l’Indien Bunker Roy.



Plus d’une trentaine de nationalités et une centaine de grands-mères sont regroupées chaque année au sein du Barefoot Collège. Pendant six mois, ces femmes vont apprendre à installer, assembler, entretenir des panneaux solaires pour illuminer leurs villages. « Les grands-mères qui participent à ce programme sont plus ou moins illettrées, aussi la formation se base sur les mimes, les couleurs, la gestuelle, de manière à ce qu’elles puissent se remémorer facilement les techniques et les outils. La différence de langues n’est  pas une barrière pour le Barefoot Collège», explique Voahirana Randriambola, coordonnatrice du programme Footprint de WWF.



Six mois à Tilonia


A partir du mois de mars 2013, ces grands-mères vont passer six mois à Tilonia, en Inde, avec d’autres grands-mères originaires de pays en voie de développement comme Madagascar. Elles seront accueillies et prises en charge par le gouvernement indien pendant leur séjour.


Leur sélection s’est faite au début du mois de décembre 2012, au cours de longues consultations publiques. « Ces consultations sont obligatoires et essentielles. Après avoir expliqué le projet et le processus, nous demandons à toutes celles qui sont intéressées et volontaires de se manifester. Nous sélectionnons ensuite les grands-mères qui répondent aux critères posés par le Barefoot Collège tout en tenant compte de leurs motivations et de celles de leurs familles et communautés respectives à appuyer leurs engagements », explique Voahirana Randriambola.



Ce semestre indien sera aussi l’occasion de grandes découvertes pour ces grands-mères dont la plupart n’ont jamais quitté leurs villages. Barefoot Collège est aussi une immense école d’échanges culturels et sociaux.  


La lumière du retour


Iavomanitra et Tsaratanànana où vivent nos grands-mères n’ont pas encore accès à l’électricité. A l’instar de plusieurs localités éloignées de Madagascar, les deux villages et les petits hameaux qui les entourent s’éclairent à la torche, utilisent des petites lampes et des radios fonctionnant grâce à des piles.
« Une famille moyenne de six à huit personnes consacre un budget de 6 000 à 7 000 Ar mensuels en achat de piles, de bougies et de pétrole lampant, dont le litre peut parfois atteindre 5 000 Ar. C'est un budget important pour nos familles modestes qui ne vivent que de l’agriculture et de l’élevage. Alors, si on peut réduire cette dépense mensuelle, nous pourrions économiser pour l'éducation de nos enfants, pour notre santé et notre bien-être. En tant que mère et grand-mère, je suis fière de pouvoir contribuer à ce grand changement »  nous confie Bandisa, mère de huit enfants et grand-mère de sept petits-enfants.



Après la formation  des grands-mères, Tsaratanàna et Iavomanitra disposeront de panneaux solaires pour obtenir de l’électricité. Les villageois se verront également offrir des ampoules à basse consommation pour éclairer leurs foyers, moyennant une modeste participation mensuelle qui servira à assumer les frais d’entretien des équipements solaires ainsi que le salaire des grands-mères ingénieurs. En attendant leur retour, leurs villages s'attèlent à préparer un local qui leur servira de lieu de travail. Pour chaque village, un comité de gestion, dont les membres sont élus par la communauté, est créé afin d'accompagner le projet et appuyer les grands-mères :
« Leur rôle sera de veiller à ce que chacun s'aqcuitte de ses engagements, que chaque usager verse sa contribution mensuelle, que les locaux de travail soient en bon état, que les "ranavavy" puissent travailler en toute quiétude. Nous sommes très motivés par ce projet qui nous apportera les bienfaits d'une électricité accessible à tous et nous comptons sur ce comité pour nous aider à pérénniser cela », explique l'enthousiaste maire de Tsaratànana.


Une révolution



Pour ces grands-mères, cette formation s’apparente à une véritable révolution. La participation des femmes dans la vie communautaire en est encore à ses balbutiements dans les campagnes malgaches. A plus forte raison, la participation des femmes âgées n’est pas forcément évidente, comme l’explique le président de l’association communautaire de Tsaratànana : « L’habitude veut que les « ranavavy » restent au village et gardent les cases pendant que hommes et femmes sont aux champs et que les enfants sont à l’école. On ne leur confie pas vraiment de grandes responsabilités mais tout cela va sûrement changer, on est impatient ».


Pour Bunker Roy, initiateur du projet, les grands-mères sont les candidates idéales pour cette formation comme il l’a expliqué lors de la troisième conférence internationale sur les technologies appropriées, au Rwanda : « Les grands-mères illettrées font preuve d’humilité, et il est facile de leur enseigner. Elles sont acquises à leur village et n’ont aucun désir de partir. Mais donnez un bout de papier à un jeune, et il s’en ira en ville pour trouver un meilleur travail. » 



WWF Madagascar se lance dans ce grand projet à la fois humain et écologique, car il appuie l'utilisation d'une énergie renouvelable accessible à tous. Au-delà de cette dimension écologique, WWF soutient la participation des femmes au développement durable de leurs communautés, une participation bien valorisée par le Barefoot College. Depuis la création du Barefoot Collège, plus de 300 grands-mères de par le monde y ont participé. Choisies parmi une quarantaine de femmes de Tsaratanàna et Iavomanitra, ces sept grands-mères sont les premières Malgaches à participer à ce programme.

 

 


(*) : Grand-mère, dame.

Pendant la réunion communautaire, les femmes de Tsaratànana ne tarissaient pas de questions sur le Barefoot Collège.
© Mialisoa Randriamampianina Enlarge
Les villageois utilisent des radios fonctionnant grâce aux piles, faute d'électricité.
© Mialisoa Randriamampianina Enlarge
Les hommes étaient venus nombreux pour encourager les "ranavavy" à se porter volontaires et participer à la formation du Barefoot College.
© Mialisoa Randriamampianina Enlarge
Bandisa, Philomène et Zafitsiha, les trois grands-mères sélectionnées à Tsaratanàna rejoindront l'Inde en mars 2013.
© Mialisoa Randriamampianina Enlarge