Sept grands-mères malgaches venant de villages reculés au Barefoot College en Inde



Posted on 08 March 2013  | 
Sept femmes dans la cinquantaine, originaires de Tsaratànana, dans l’Atsimo Atsinanana et d’Iavomanitra, dans l’Amoron’Imania, limitrophes du Corridor forestier Fandriana Vondrozo, vont quitter Madagascar pour se former au sein du Barefoot College, littéralement « le collège aux pieds nus », en Inde. Pendant six mois, ces femmes, illettrées ou ayant un faible niveau d’instruction scolaire, apprendront à fabriquer, installer et entretenir des systèmes solaires dans l’objectif d’équiper, à leur retour, les ménages de leurs villages pour qu’ils bénéficient d’un service électricité de qualité et fiable en lieu et place des lampes à pétrole rustiques et des piles.

Des femmes à découvrir
 

Dotine, Philomène et Zafitsiha, sont originaires de Tsaratànana, à une quarantaine de kilomètres de Vondrozo en suivant une piste inaccessible en voiture et des chemins pédestres, au cœur des montages et des forêts. Razanamahasoa Berthe, Razafindramanana Saholiarisoa Lydia, Razafindravelo Germaine et Rasoamampionona Vonjiniaina Florette sont originaires d’Iavomanitra, à une quarantaine de kilomètres de Fandriana, accessible par route uniquement en saison sèche. Deux petits villages difficiles d’accès et sans électricité, à l’image de nombreux villages de Madagascar. Malgré cet isolement, ces villages se sont distingués par leur exemplarité dans leurs efforts de protection de la forêt. Ainsi, ces mères de familles et grands-mères sont chacune membres actives de la communauté de base en charge de la gestion du terroir forestier auquel est rattaché leur village. Elles considèrent leur participation au Barefoot Collège comme s’inscrivant dans la continuité de leur engagement environnemental.

Dotine, grand-mère timide et réservée affiche une détermination qui force le respect : « Je n'ai pas été élevée dans une famille où les valeurs environnementales étaient importantes. Avant la mise en place de la communauté de base de Tsaramandroso, ma famille était l'une des plus grandes pratiquantes de tavy de notre région. La majeure partie des tavy des alentours de Tsaratànana étaient les nôtres, pendant des années. Voyez comme nous avons changé puisque nous faisons aujourd'hui partie des membres actifs au sein de notre association environnementale. C'est un changement qui m'inspire et que je veux aussi continuer avec le Barefoot College. Je pense que c'est important de donner une bonne image aux enfants et de rendre possible ce qu'il y a un an encore, nous croyions impossible. Aussi, j'irai en Inde et j'apprendrais à installer des panneaux solaires pour que mon village soit éclairé."

Elles n’ont jamais quitté leurs régions. La plupart d’entre elles ne savent ni lire, ni écrire. Issues de familles d’agriculteurs et/ou d’éleveurs, ces femmes vivent modestement. « Partir à l’étranger a toujours été un rêve inaccessible pour moi. Maintenant, en plus de réaliser mon rêve, je vais pouvoir apprendre et faire quelque chose d’important pour notre communauté comme apporter l’électricité pour chaque ménage avec des panneaux solaires. C’est merveilleux », commente, enthousiaste, Berthe Razamahasoa de Iavomanitra. Un enthousiasme partagé par Zafitsiha, de Tsaratànana : « Je n'ai jamais pensé qu'un jour, je quitterais mon village pour suivre une formation à l'étranger. C'est une fierté et une chance pour moi, car je peux me rendre utile à mon village et à ma famille d'une nouvelle manière. » Pour les habitants de leurs villages, l’approche étonne autant qu’elle suscite l’admiration : « Les femmes occupent rarement une place de leader parmi nous, encore moins les grands-mères. Nous sommes surpris par cette démarche qui est nouvelle pour nous, mais nous sommes admiratifs face au courage et à l’engagement de ces femmes », salue le président de la communauté de base « Tsaramandroso » à Tsaratànana.

Si leur niveau d’instruction a un peu inquiété ces femmes face à la tâche qui les attend, Voahirana Randriambola, Coordinatrice du programme Footprint de WWF rassure : « La formation se base sur des mimes, des couleurs, la gestuelle, de manière à ce que les participantes puissent se remémorer facilement les techniques et les outils. La formation a été pensée expressément pour que la langue de communication et l’illettrisme ne soient pas une barrière. Ces sept femmes sont les premières malgaches à y participer, mais depuis la création du Barefoot Collège, plus de 300 grands-mères de par le monde ont bénéficié de ce programme»

L'approche du Barefoot Collège
 

Le Barefoot Collège cible uniquement des femmes d’un certain âge avec enfants et petits-enfants. « Les grands-mères illettrées font preuve d’humilité, et il est facile de leur apprendre de nouvelles choses qui demandent de la patience. Elles sont acquises à leur village et n’ont aucun désir de partir une fois le savoir acquis. Si vous faites de même avec un jeune, il est plus probable qu’il s’en ira en ville pour trouver un meilleur travail en valorisant ce qu’il aura appris», selon Bunker Roy du Barefoot Collège. L’adhésion à la formation répond aussi à d’autres : « Ces femmes doivent être volontaires, soutenues par leurs familles et originaires de villages éloignés et sans électricité. Elles font parties de ménages modestes et ont été précocement ou totalement déscolarisées et n’exercent pas de responsabilités communautaires ou associatives particulières», explique Voahirana Randriambola, Coordinatrice du programme Footprint de WWF.

La sélection des sept grands-mères au sein de chaque village s’est faite en novembre et en décembre 2012, en présence de l’équipe de WWF et celle de Bunker Roy qui a fait spécialement le déplacement à Madagascar. « La consultation de la communauté villageoise est obligatoire et indispensable. Pendant la réunion villageoise, nous expliquons le projet et le processus aux communautés, cela peut durer une journée entière. Puis, les intéressées volontaires se manifestent et seules seront retenues celles qui répondent aux conditions préalables du Barefoot Collège. Leurs candidatures sont par la suite avalisées par les sages et les autorités locales, puis réaffirmées par toute la communauté à travers la traditionnelle cérémonie du « tso-drano » ou de la bénédiction », d’après Bastian Tsiverimanana, socio-organisateur de WWF à Vondrozo. La cérémonie du tso-drano a été réalisée dans chacune des deux localités, au cours d’une journée de liesse, de traditions, de danses et de musiques. « C’est une bénédiction et un au revoir porteurs de promesses, la promesse d’une lumière moderne accessible à tous. Nous sommes fiers que ce défi ait été relevé par des femmes » commente Pascal Rajaonarivelo, maire de la commune rurale de Miarinavaratra, où se trouve le fokontany d’Iavomanitra.

La lumière à Vondrozo et Tsaratànana
 

Durant l’absence des femmes, la population de chaque village doit s’atteler à construire une maison qui abritera l’atelier de travail des femmes, ainsi qu’un centre d’activités communautaires bénéficiant du service électrique. Par ailleurs, chaque ménage doit contribuer mensuellement à la pérennisation du service électrique suivant un montant variant de 3000 à 10000 Ar en fonction du niveau de service obtenu. Cette cotisation mensuelle permettra de rémunérer le travail de ces femmes « expertes en systèmes solaires » pour le suivi, l’entretien, les réparations et renouvellements de batteries. Ces montants ont été fixé à l’issu des consultations villageoises et sont en général inférieurs aux montants actuellement dépensés par les ménages en pétrole lampant et en piles. Pour une bonne gestion de l’électrification du village, un Comité Electricité, dont les membres sont choisis par la communauté, a été mis en place dans chaque village « Le comité va notamment veiller à ce que chaque usager verse sa cotisation mensuelle, que les locaux de travail soient en bon état, que les grands-mères puissent travailler en toute quiétude», explique Beharison, le maire d’Ambohimana, où se trouve Tsaratànana.

Accès à l’énergie durable pour tous
 

La philosophie et l’approche du Barefoot College pour une autonomie énergétique des communautés rurales reculées, et rendu possible du fait de l’engagement et volonté des membres de la communauté, à travers l’utilisation de l’énergie solaire, propre et renouvelable cadre avec la vision de WWF, au niveau global, d’un accès à l’Energie durable pour tous d’ici 2050. Un partenariat international a ainsi été conclu en 2012. Madagascar a été choisi pour démarrer cette collaboration.

En parallèle à l’appui financier du gouvernement indien pour que ces sept femmes puissent participer au programme de formation, WWF mobilise actuellement les fonds nécessaires pour les femmes puissent, lorsqu’elles reviennent, être dotées des matériels et outils nécessaires pour électrifier chaque ménage. 240 toits sont concernés à Iavomanitra et 150 à Tsaratanana. A terme, l’objectif est de pouvoir répliquer l’exemple des deux villages et des sept grands-mères à l’échelle du pays, en tant qu’axe stratégique pour l’amélioration des conditions de vies des communautés villageoises vivant à proximité des zones de conservation prioritaires, et pour le développement de l’accès à l’énergie durable à Madagascar.
Présentation des grands-mères pendant la cérémonie de bénédiction, "Tso-drano"
© WWF MWIOPO / Mialisoa Randriamampianina Enlarge
Félicitations des femmes séléctionées
© WWF MWIOPO / Mialisoa Randriamampianina Enlarge
Dotine et son petit-fils
© WWF MWIOPO / Mialisoa Randriamampianina Enlarge

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